6 L.A.S., Paris et Château de Chaiges 1899-1902, à Edmond Sée ; 14 pages et demie in-8 ou in-12.
3 février 1899, remerciant de l’article sur La Force : c’est une belle récompense de se sentir compris par un esprit tel que le sien. Il souhaite avoir bientôt l’occasion d’applaudir une de ses comédies « où le cœur de l’homme et son univers s’extériorisent avec une belle facilité »... Juin 1899. Après lecture des Miettes : « C’est donc à votre esprit, à ses merveilleuses aptitudes, à ses puissances diverses et surprenantes d’observation scrupuleusement notée, que je dois la gratitude d’une belle lecture ; et celle d’une aimable louange »... Vendredi. Il recommande un jeune auteur dramatique, Jean Ott, qui a une pièce reçue au Théâtre Français... 24 novembre 1902, à propos de Lucien Muhlfeld qui a été gravement malade... Lundi. « Antoine ne semble pas très pressé de lire mes trois actes »...
Manuscrit autographe signé, Propos d’un Normand, [1909] ; 2 pages in-8.
Sur la religion et l’enseignement (article publié dans La Dépêche de Rouen du 12 mars 1909). Alain rapporte les propos de son ami le cordonnier Jacques à propos du scandale causé par la nomination d’Alfred Loisy (1857-1940) au Collège de France : « l’on paie un curé défroqué pour enseigner au peuple que les Évangiles ont été mal recopiés. Sachez bien que je m’en moque, des Évangiles et des copies d’Évangile. J’aime la Science. Je me fais une idée merveilleuse de tous les beaux changements qu’on verrait si les citoyens étaient instruits. […] Nous ne voulons pas de bonbons, ni de croquignolles. Du pain. On dit à cela qu’il faut démasquer la Religion, et les faux en Écriture Sainte. Mais il faut avoir été curé pendant trente ans pour s’intéresser à de pareilles niaiseries »… Et de conclure : « Mettons que Jésus était Dieu. Eh bien alors il parlera au cordonnier, si le cordonnier observe et réfléchit de bonne foi. Les vieux papiers, voyez-vous, ce n’est pas seulement bon pour envelopper les souliers ».
P.S., Paris 15 novembre 1654 ; contresignée par son secrétaire La Saussaye ; 1 page oblong in-fol. en partie impr. à son en-tête Le Mareschal d’Albret, Capitaine Lieutenant de la Compagnie des Gens d’Armes de la Garde du Roi. Certificat pour François de Culant, écuyer, homme d’arme de la Compagnie des Gens d’Armes de la Garde du Roi ; il a notamment servi « au siège et prise de Stenay, secours d’Arras et en tous les voiages que sa Majesté a faictz ceste ditte année »...
Manuscrit autographe signé, La Vie Drôle, [1892] ; 2 pages et demie in-8. Brève et amusante chronique parue dans Le Journal du 29 octobre 1892 (recueillie dans les Œuvres posthumes, t. III, p. 23). Elle est précédée d’un sommaire : « Entrevue intéressante. – Artiste méconnue. – L’homme brun et l’homme blond. – Légitime espoir ». Visite en prison à Mlle Dubois, qui vient d’être condamnée à quinze mois, et qui termine un essai sur l’éclusage des canaux de la Planète Mars. Le président Caze lui a reproché de lire des feuilletons !, à elle « qui ne goûte que la grande littérature et les plus hautes spéculations scientifiques ! » Elle va faire appel ; son défenseur, Me Henri Robert, « a plaidé l’homme brun, le tueur de filles. En appel, il plaidera l’homme blond, le voleur, car, vous savez, les bruns tuent, les blonds volent ». Elle compte donc être acquittée : « je compte beaucoup sur mes petits travaux scientifiques pour obtenir les palmes académiques »…
P.S. avec date et corrections autographes paraphées, Paris 29 décembre 1945 ; 1 page in-4 (dactyl. double carbone). Contrat de représentation théâtrale « en langue tchécoslovaque, en Tchécoslovaquie » du Voyageur sans bagage. Le traité est conclu avec les Éditions Nagel, à Paris. L’auteur a retouché deux des 8 articles, pour corriger l’échéance de représentation (31 décembre « 1946 »), et ajouter, « à Prague sur un théâtre de premier ordre » ; il précise que l’à-valoir des droits restera sa propriété non seulement si le délai, mais aussi les « conditions » ne sont pas respectés...
6 L.A.S., 1969-1976, à Mme Jacqueline Artigas de l’agence Delamare ; 3 pages in-4, 1 carte postale ill. et 2 cartes de visite, une adresse, une enveloppe. Vœux, souvenirs expédiés de New-York, remerciements pour s’occuper d’une petite tracasserie liée à une expédition faite par le Musée d’Israël en hébreu : « le douanier a dû croire que l’hébreu n’est plus de l’hébreu en France ! ». Il envoie des formulaires concernant un envoi au Victoria & Albert Museum, etc.
Manuscrit autographe signé, De la Violence à l’angoisse, [1948] ; 9 pages et quart in-4 (qqs marques de l’imprimeur). Chronique littéraire pour les Cahiers de la Pléiade. Depuis la guerre, de nouveaux romanciers ont paru qui ont en commun l’inquiétude, le désarroi, le défi, le cynisme, « une interrogation haletante sur les raisons de vivre et d’agir ». Il cite à ce propos des romans récents dont les héros sont des traîtres, par Julien Segnaire (Le Délire logique), Roger Nimier (prénommé Jean par erreur, Les Épées : « Une écriture rapide, aigue, frappante, dans le récit un jeu très souple : c’est là un début qui doit nous rendre attentifs »), et M. Youri (Ça devait finir comme ça), puis ceux de Jacques Le Gallois (Combat pour nos cadavres) et Pierre Fisson (Voyage aux Horizons), « d’une violence encore plus âpre » ; le « long et douloureux vagabondage » de Fisson lui rappelle le lyrisme et la violence de Céline... Arland parle ensuite longuement du Noir de la vigne de René-Jean Clot, bizarre, invraisemblable, surchargé : « Je ne sais quelle frénésie l’emporte », mais la fixité du thème et la violence croissante des épisodes nous emportent aussi... Puis il consacre la dernière partie de cette chronique à une longue analyse aux deux récits de Maurice Blanchot, Le Très Haut et L’Arrêt de mort, qui, en particulier, l’émeut par sa vigueur : « Par la violence dramatique de ses thèmes et de ses épisodes, par sa richesse de suggestions, par son écriture nerveuse et tendue, par une composition rigoureuse jusque dans sa feinte liberté, et telle que d’une page à l’autre chaque incident et chaque phrase se répondent et se fortifient, L’Arrêt de mort me semble l’œuvre la plus pathétique et la plus personnelle que Maurice Blanchot ait composée. Une œuvre difficile, sans doute ; on la reprend, on la laisse ; mais on ne peut l’oublier ; on ne se sent pas en paix avec elle. Elle s’est installée en nous et y mène sa vie. Dès qu’on ne s’applique plus à l’éclairer, elle rayonne »...
3 L.A.S., Saint-Jean-de-Luz 1961, au maître-verrier Jean Lesquibe, à Anglet ; 1 page chaque in-4 ou in-8. 5 mars 1961. D’accord pour participer à l’exposition à la mairie de Bayonne à l’occasion des « Entretiens », « tout en l’ayant l’impression que je ne serai pas dans le ton du groupe invité et “d’inspiration moderne” », il propose des plaques d’émail sur cuivre, petit format, exposées à Paris en 1925 : « Ce sera une nouveauté, au moins par la matière et même le style. Elles ne sont pas trop démodées, il me semble »... – 31 mars. « Le tableau sera porté après-demain, par le commissionnaire »... – « Voici la fiche remplie. Je préfère aussi que les prix ne figurent pas sur le catalogue. Merci pour vos pensées, et pour le souvenir du vieil ami Viñes »...
2 L.A.S., Paris 1805-1828 ; 2 pages et demie in-4, la 1ère à en-tête Ministère de l’Intérieur, adresses. – 15 nivôse (5 janvier 1805), à M. Robert, attaché à la Bibliothèque impériale. Camarade de collège du fils de M. Robert, Auger vient de remporter le prix d’éloquence de l’Académie française pour son Éloge de Boileau, et se rappelant avoir vu jadis une lettre de Boileau chez son correspondant, il lui propose d’échanger cette lettre-là « contre d’autres lettres d’hommes célèbres que j’ai en ma possession, telles qu’une lettre de Fontenelle, deux de Voltaire, une de Garrick à Lekain »… – 9 septembre 1828, à Paul Descroisilles, à Rouen. Sur la petite mésaventure qui a interrompu son voyage à Dieppe ; il est seulement fâcheux que « ma sœur & mon fils aient été forcés d’interrompre un régime dont leur santé commençait à se trouver fort bien. Je mets au nombre des tristes résultats de notre déconvenue, de n’avoir pas pu repasser par Rouen, nous y arrêter encore quelques instans auprès de vous »…
Lettre écrite en son nom par son aide de camp Minvielle, Bregentz 3 frimaire [XIV (24 novembre 1805)], à M. Masbarrau, inspecteur des droits réunis à Limoges ; 1 page et demie in-fol. à son en-tête Le Maréchal de l’Empire Augereau…, adresse avec marque postale de la Grande Armée. Le maréchal charge Minvielle d’annoncer « que les fonds destinés au payement de deux chevaux du nombre des quatre arrivés à l’armée sous la surveillance de Mr Massy sont faits à Paris depuis plus de 40 jours »... Il donne des explications à ce sujet, puis fait part des derniers succès militaires : « le 7e Corps commandé par Mr le Mal Augereau a pris depuis le 22 Bre les villes de Lindau, Bregentz, Feldkirc &a &a avec plus de cinq mille prisonniers dont 2 offiers genx trente bouches à feu, des magazines de toutes espèces des bagages immenses deux équipages de pont & »... Tout le Woralberg est nettoyé, le corps du maréchal Ney disperse les troupes en fuite, S.M. Napoléon est à Vienne et l’avant-garde à Presbourg...
2 L.A.S., 11-17 janvier 1944, à Arthur Hoérée ; 5 pages in-8, en-tête Conservatoire National de Musique, Succursale de Nancy. 11 janvier 1944. Il souhaite donner à Nancy la « 3e Journée des Ténèbres de Couperin révisée par vous ». Il voudrait louer « le matériel complet » ; « Je me réjouis de faire travailler, et de faire connaître un ouvrage auquel vous avez donné tous vos soins »… 17 janvier 1944. « je vous suis très reconnaissant de m’envoyer tout ce qu’il faut pour que je donne la 3e Journée des Ténèbres : […] parties de chœurs, parties d’orchestre, parties pour solistes, partition d’orchestre. En grand nombre »...
L.A.S., [Sèvres 31 décembre 1838], à son éditeur Hippolyte Souverain ; 1 page et demie in-8, adresse.
Sur la correction des épreuves de l’édition du Cabinet des Antiques, suivi de Gambara (1839). « Je ne puis rien faire sans que l’on m’envoie la composition corrigée que j’ai envoyée depuis longtems et qui va jusqu’au n° 12 inclusivement de cette 1re épreuve faite sur le verso qui m’a tant causé de désagrément. Dites-leur donc que n’envoyer qu’une portion c’est ne rien envoyer du tout. Qu’on ne tire rien sans mon bon à compter de la feuille 16 […] Dès que j’aurai ce que je demande, je pourrai indiquer à quelle feuille dans le tome II commencera Gambara. Vous recevrez lundi les éléments des feuilles 16, 17 et 18. Le chapitre 6 sera coupé en deux vraisemblablement, et ira sur les 2 volumes, mais il m’en faut pour cela les éléments et je ne les ai pas, voilà les imprimeries de province »… [Correspondance (Pléiade), t. II, 38-133]
4 L.A.S., Paris 1862, 1863 et s.d., à sa chère amie l’actrice Pélagie Lévy ; 4 pages in-8 (petite déchir. à la 1ère).
2 avril 1862, de son lit. Souffrant, il ne pourra la recevoir le lendemain avec son ami ; mais qu’elle ne doute pas « que je sois tout entier à ceux que vous aimez comme à vous-même »... – 8 mars 1863. Des accidents, des malheurs, des ennuis et un travail acharné l’ont empêché de lui répondre plus tôt ; « je vous regrette tous les jours comme la plus jolie et la plus spirituelle de mes amies, et j’espère que, quand le diable y serait, les six nouveaux théâtres qu’on va faire auront bien une place pour une actrice de talent [...] il faut bien supposer que les nouveaux directeurs n’auront pas la sottise de vous laisser aller dans les provinces absurdes »... – On l’a supplié d’aller « à l’École Lyrique voir jouer la tragédie par Jean en délire et par l’insensé Glatigny » ; ne pouvant refuser, il propose à son amie de venir avec lui. – Il se repose à Bellevue. « Bonne chance et soignez vos robes ! À l’étranger la robe est la moitié du talent ; soignez aussi votre gorge en la nourrissant bien ; à l’étranger, la gorge est l’autre moitié du talent ». Ce voyage donnera à Pélagie « l’habitude des planches et l’art de la scène »...
3 photographies ; formats carte de visite.
Portrait assis, par Pierre Petit ; portrait en buste par Truchelut ; et portrait debout.
L.A.S., Lyon 12 février 1833, à MM. Rochette et Petit ; demi-page in-4, adresse.
Il leur adresse deux lettres à remettre à leur destinataires. « Je désirerais savoir si le Père fait imprimer le livre nouveau, [...] si je pourrais avoir une copie des principaux travaux »...
L.A.S., Charmes sur Moselle, [à Francisque Sarcey ?] ; 1 page et demie in-8.
« Vous que les âneries amusent, […] que pensez-vous des reproches que fait à Michelet le Journal en première page. Ce rédacteur anonyme (Écho) se réjouit particulièrement de voir un que mis à la place d’un quand qu’il eût fallu répéter, etc. etc. Les tartarinades de Michelet, nous les connaissons, mais qu’il soit un auteur incompréhensible par un journaliste ! voilà qui prouve quel écart entre la langue littéraire et celle de nos illettrés du Boulevard, du café, de la presse. Les contractions, les latinismes, les vigueurs, toute la tradition, c’est faute ou plutôt ténèbres pour ces messieurs »…
6 L.A.S., Bayonne 1962-1969, au maître-verrier Jean Lesquibe ; 1 page in-4 ou in-8 chaque, un en-tête Ville de Bayonne. Musée Bonnat.
8 mars 1962. « Je peignais, assis, – ce qui est plutôt rare – quand, tout à coup : oh, et Lesquibe !!! », et sa femme est rentrée et l’a informé de leur rencontre... – 8 mars. Il ne participera pas cette année aux « Entretiens de Bayonne » : « à vous, qui êtes un artiste, il est aisé de comprendre que l’on ne doit présenter dans une exposition qu’une œuvre nouvelle au moins sinon tout particulièrement destinée à la manifestation du moment »... – 22 mars 1963. Remerciements pour la notice : « j’affronterai ladite exposition avec un très modeste 20 P. de “planteurs” ce qui ne représente pas tout particulièrement “l’effroi” devant l’avenir »... – 30 mars 1965. Il a tardé à répondre pour Bayonne, « incertain de mener convenablement un travail commencé ; aujourd’hui je ne puis envoyer que des fleurs qui d’ailleurs étaient à mon expo de dimanche à Sud-Ouest »... –19 mars 1969. « Voici donc les trois toiles. Je souhaite n’être pas le dernier à vous adresser les renseignements d’usage, connaissant les tracas que causent les retardataires aux maîtres d’œuvre »...
L.A.S. (en partie autographe), Bordeaux 30 août 1782, à M. de Cabres, conseiller d’État ; 3 pages 3/4 in-4 dont une page et quart autographe.
Ses démarches en faveur du frère de son correspondant. [Elle ne se réalisera pas : huit jours plus tard, c’est l’abbé Pradel qui sera nommé abbé commendataire de Notre-Dame d’Évron.] N’ayant pas reçu de réponse, il craint que sa lettre de Rochefort ne soit pas parvenue à Cabris : « l’homme que j’avais chargé d’un paquet assés considérable de lettres pour Paris n’en a remis aucune, il est passé de Rochefort a Ostende, au lieu d’aller a Paris, comme il le disait : il n’aura pas sans doute eu l’honêsteté d’en mettre une seule a la Poste ! Ma lettre regardait uniquement Mr votre frere que j’aime avec tendresse. Je vous y rendais compte d’un nouveau plan d’avancement moins difficile que la premiere. Mais pendant que je vous écris ceci, je me rappelle que j’ai la minute de ma lettre. Je vais la faire transcrire »… Suit la copie, avec quelques retouches autographes, de sa lettre du 8 août : « Monsieur de Limon ancien intendant des finances de Monsieur, et toujours en rélation etroite avec Madame, s’est trouvé avec nous à la campagne. Il venait de confier à Mr votre frere, qu’il sait protegé par le Roy de Sardaigne, ce que voici. Monsieur, vient de donner l’abbaye de Saint Aubin d’Angers à l’Eque de Séez son aumonier. Dès que celui-ci aura réçeu ses bulles de Rome, il est convenu de rémettre l’abbaye d’Évron, aussi dans l’appanage de Monsieur. Or, Monsieur de Limon sçait très positivement depuis peu de tems, que Monsieur, et Madame dont les chapelles sont fournies, ne sçavent encore à qui donner cette abbaye d’Évron. Une lettre du Roy de Sardaigne, à sa fille, et un ordre à son ambassadeur de suivre sa récommendation, ne vous paraitraient-ils pas un moyen certain de faire donner Évron à l’abbé ? »… Il sait que S.M. Sarde a conservé estime et affection à Cabris, et il croit que si Cabris lui en présentait l’occasion, le roi chargerait Madame de faire la fortune de l’abbé, suivant la promesse qu’il fit à l’abbé à Chambéry : « vous verriés alors Mr votre frere avec ces nouveaux moïens de rester chés soi, pour ne s’occuper que de sa consideration, vous verriés, Monsieur que je ne me suis point mépris sur sa grande portée, et qu’il est digne de vous avoir pour frere »… Beaumarchais ajoute de sa main : « A tout hazard je joins ici la petite correspondance entre l’abé et Mr de Limon, avec les autres pièces du procès. Vous jugerés du fond, de la forme, de l’importance de l’objet et de la facilité des moyens »…
L.A.S., Scharrachbergheim (Bas-Rhin) 23 novembre 1960, à sa sœur, Simone de Beauvoir ; 4 pages in-4.
Très belle et longue lettre après la lecture de La Force de l’âge. Le livre l’a bouleversée : « Il me semble que c’est le plus beau livre que j’aie jamais lu, et évidemment personne […] n’a jamais pu inventer une histoire aussi intéressante et attachante que celle que tu racontes puisque c’est toi […] S’il y a une chose dans ma vie dont je me félicite c’est de n’avoir jamais douté du bonheur et du privilège que c’était pour moi de t’avoir pour sœur et d’en avoir profité au maximum, sans t’opportuner je l’espère. Quand je pense à cette méchante femme qui a osé me dire “cela doit être pesant d’être la sœur de S. de B.” Dieu merci, il y a cinquante ans que je m’en félicite et je revendique d’avoir été la première à reconnaître totalement tes mérites. Tu as protégé mon enfance contre l’engloutissement de la niaiserie et plus tard Sartre et toi m’avez donné ce goût violent de l’authentique que j’ai heureusement toujours conservé. Tu parles de ma vie d’avant-guerre comme d’une vie très austère – sans doute l’était-elle mais j’étais d’accord avec moi-même à cette époque. Cela ne m’a jamais humiliée de servir le thé au Boléro ou de taper à la machine. […] Si Lionel [de Roulet] était devenu un vrai diplomate j’aurais certainement divorcé »… Et pourtant c’est grâce à lui que depuis quinze ans elle a les couleurs et le temps pour peindre. « Mais ton livre explique, mieux encore que Le Deuxième Sexe (que je vais relire) combien il est difficile à une femme de devenir un créateur »… Elle se livre à des réflexions sur le temps, l’argent, l’éventuel second métier, les exigences de la maternité, du ménage, etc., « cela, ajouté au sentiment d’infériorité que maman s’est appliquée à m’inculquer avec l’acharnement que tu sais et que le mariage m’a rendu non par la faute de Lionel mais par la situation comme dirait S. de B. »… Cependant depuis six mois, sa peinture s’épanouit, et elle estime que le vrai bonheur peut commencer pour une femme à 50 ans… Etc.
Manuscrit autographe, Les Otages, [1963] ; 12 pages et quart in-4 sur papier quadrillé (certaines entièrement biffées, ratures et corrections).
Manuscrit de travail très corrigé d’un article publié dans Le Monde du 25 juin 1963, en soutien à Noël Favrelière dit Nordine [(1934-2017), officier condamné deux fois à mort par contumace pour avoir déserté et rejoint les rangs de l’Armée de Libération Nationale d’Algérie ; son récit autobiographique Le Désert à l’aube (Édition de Minuit, 1960) avait été interdit par la censure ; rentré quelques jours clandestinement en France en janvier 1963, il put tenir, grâce à Sartre et Beauvoir, une conférence de presse sur les Français non amnistiés pour leur aide au F.L.N. avant de repartir pour l’Algérie, et exposer ses peintures ; il sera amnistié par De Gaulle en 1966]. « En 1944, à la Rochelle, un petit garçon de dix ans s’échappe par un soupirail de la cave où son père l’a prudemment enfermé, il court pour rejoindre un groupe de maquisards, et se battre contre les Allemands. En 1956, dans le train qui l’emmène vers la guerre, le rappelé Noël Favrelière se dit amèrement en évoquant ce souvenir : cette fois, tu seras le Boche et tu te battras contre des résistants. […] Dès son arrivée, il est témoin d’actes affreux : un de ses camarades abat, pour le plaisir, une fillette musulmane »… Un jour où il se voit confier la garde de deux combattants du F.L.N., « l’un d’eux est précipité du haut d’un hélicoptère ; l’autre, le capitaine annonce qu’il est bon pour la corvée de bois ». Afin de soustraire le jeune rebelle à une exécution sommaire, Favrelière le libère et déserte avec lui. « C’est une désertion avec emprunt d’armes et le 19 mai 1958 il est condamné à mort par contumace. […] Ainsi il n’y avait pour les soldats d’Algérie qu’une alternative : consentir au moins à titre de complice aux massacres, aux exécutions sommaires, aux tortures, ou bien enfreindre les lois par la désertion ou l’insoumission. La cruauté de ce dilemme explique qu’on ait absous aveuglément ceux qui ont suivi la première voie ; mais il est révoltant de traiter avec moins d’indulgence ceux qui ont choisi l’autre chemin. […] L’illégalité serait-elle un crime plus impardonnable que les crimes mêmes ? Aux yeux de la justice française, il semble que oui. […] Cette rigueur surprend d’autant plus qu’en juin 40 le chef actuel du gouvernement français a hautement encouragé ses compatriotes à la désobéissance ». Simone de Beauvoir évoque l’appel du 18 juin de De Gaulle. « La poignée d’hommes et de femmes qui ont lutté avec lui pour être fidèles eux aussi à une certaine idée de la France sont maintenus en prison ou en exil, coupés de tous, abandonnés […]. C’est scandaleux, et ce serait absurde si les raisons de cette inhumaine sévérité n’apparaissaient trop clairement. Déserteurs, insoumis, membres de réseaux : ces hommes et ces femmes sont des otages. Quand le gouvernement jugera opportun de libérer les membres de l’O.A.S. incarcérés, il se targuera d’impartialité en usant de la même clémence à l’égard de l’autre cause. […] Il serait monstrueux de mettre en parallèle Noël Favrelière qui refusa de laisser assassiner un prisonnier et le tueur qui abattit dans leur lit une douzaine de malades musulmans avant de faire sauter la clinique. Il serait monstrueux de mettre en parallèle les hommes qui ont travaillé à construire l’amitié franco-algérienne et ceux qui ont commis les pires atrocités dans l’espoir de déchaîner dans les deux communautés des hécatombes qui rendraient toute considération impossible. » La suite a été biffée, et est restée inédite.
3 L.A.S., 1934-1936, [à Christian Schewaebel] ; 3 pages in-4.
1er novembre 1934. Il lui envoie la conversation demandée pour qu’il en tire le meilleur parti possible… 28 avril 1936. Il est indisponible le 21 mai, car il sera en Touraine « à présider un banquet corporatif (il ne s’agit pas de gens de lettres !) »… 29 avril 1936. Il est bien désolé de ne pouvoir assister à un déjeuner de demain, mais n’aurait rien trouvé à dire sur l’automobile : « C’est un genre de conversation qui me porte à la mélancolie »…
Manuscrit autographe signé, Le Désert de Gobi, décembre 1940 ; environ 390 pages in-fol. (pour le manuscrit), et 120 pages in-8 ou in-4 (notes et plans) ; en feuilles.
Manuscrit de travail complet de ce roman paru chez Albin Michel en 1941, signé en dernière page et daté « 29 décembre 1940 ». Le manuscrit présente de nombreuses ratures, corrections et additions, avec, sur des feuilles de plus petit format, des notes insérées pour l’organisation de chaque chapitre, des remaniements, des indications complémentaires, etc. ; ainsi qu’un dossier de plans.
Le roman débute à Fouzan, à l’extrémité de la Corée du Sud où ont échoué le faux comte Michel Rodianko, ex-lieutenant renvoyé de l’armée impériale russe, et son amante la belle Alzire (une héroïne en A, comme toujours chez Benoit). Sur le port, Rodianko rencontre un aventurier australien chasseur de tigres, Sanders, qui lui propose de rejoindre son expédition en tant que partenaire. Désœuvré, au ban de la société et sans ressources, il accepte. Tous deux vont parcourir le Désert de Gobi afin d’y capturer vivant un très rare spécimen de tigre blanc de Sibérie, le felis alba, le tigre blanc, pour le vendre ensuite à un zoo à un prix élevé. Le livre raconte la longue expédition, la remontée du Fleuve Jaune, l’avancée en Chine continentale, avant de s’enfoncer dans des contrées froides et inhospitalières du côté du Gobi et de la Mongolie. Puis la traque du fauve et sa capture, lors de laquelle Sanders trouve la mort... En parallèle de cette chasse aux animaux, Benoit narre une chasse entre humains : qui est proie, prédateur, prédatrice ? Alzire, qui, tandis que le Rodianko part pour l’Asie centrale, part à Macao ? Sanders ou Rodianko, qu’une rivalité sous-jacente déchire, jusqu’au décès, trouble, de l’Australien, lors de la capture du tigre ?...
Benoit a organisé son manuscrit en 5 grandes parties de 4 chapitres chacune (et chacune sous chemise manuscrite), d’une taille quasiment équivalente et qui structurent dramatiquement le roman ; mais il a supprimé ces divisions dans l’édition pour laisser s’enchainer plus naturellement les vingt chapitres. En tête du manuscrit, un très intéressant dossier de « Plans et documents » contient 10 feuillets, véritables outils de travail de l’auteur : une Chronologie, qui établit la « date conventionnelle du début de l’histoire : lundi 4 mars 1926 », jusqu’à la « Mort de Sanders 28 mai 1926 », qui revient aussi sur le passé du personnage principal Michel Rodianko, sa rencontre avec sa maîtresse Alzire (1921), son évasion et la mise en liberté de celle-ci (les deux en 1924), leur arrivée à Fousan en Corée (avril 1925). Cette Chronologie établit aussi grandes dates de l’histoire : le dîner entre Alzire et Sanders, le départ des deux bateaux, etc., jusqu’à la mort de Sanders. Pierre Benoit a également dressé une liste de Vocabulaire, dans laquelle il a recensé les termes, noms et prénoms, noms de lieux, de vocabulaire étranger (chinois, mongol, russe, coréen, etc.) ou spécialisé (termes géographiques, scientifiques, etc.). Benoit était très rigoureux dans son écriture : dans son Plan, divisé en 5 parties et qu’il n’a presque pas rempli, il indique : « 20 chapitres de 67 pages ». Une courte note nous renseigne sur la direction profonde de l’ouvrage, et le cheminement du personnage de Michel : « a. Comment il devient sauvage. b. Comment il cesse de l’être pour croire redevenir mondain ». Enfin une note de 2 pages résume l’intrigue amoureuse du roman entre Michel et Alzire.
L.A.S., Saint-Cyr près Tours 1er juin 1837, au Dr Biett, médecin en chef de l’hospice Saint-Louis ; 2 pages in-4, adresse.
Il s’est retiré « dans les environs de Tours, où se trouvent beaucoup d’émigrés polonais, si dignes presque tous d’inspirer le plus vif intérêt ». Il recommande M. Chodkowski : « Attaqué d’une maladie dartreuse, il vient d’obtenir de l’autorité la permission de se rendre à Paris pour se faire soigner à l’hospice St Louis, sa position de fortune ne lui permettant pas de faire les frais d’un traitement particulier. [...] ce brave et digne Polonais, a besoin de votre bienveillance et pour son entrée à S Louis, et pour le traitement qu’exige sa maladie »... Le docteur Bretonneau se joint à lui pour recommander ce malheureux officier étranger... Il signe « Béranger chansonnier retiré ».
2 L.A.S., 10 juin 1896 et 10 décembre 1901, [à Edmond Sée] ; 3 pages in-8.
Il le remercie de son billet : « Il m’était surtout pénible de penser qu’un homme d’esprit et de talent ne se sentît pas un peu solidaire d’un effort artistique aussi intrépide que l’aura été ma vie. Je m’en veux à présent de ne pas avoir deviné que vous ne pouviez pas être mon “ennemi” de l’Événement »... – Il remercie, en retard, du pénétrant article sur sa pauvre Pompadour, « aujourd’hui décédée, malgré vos bienveillants pronostics »... Il avait été très touché que Sée aidât à faire comprendre sa pièce. « Egorgé au Maître de Forges, c’est dur ! Telle est ma vie. »
L.A.S., Paris 27 février 1916, au Président Louis Barthou ; 7 pages in-8.
Très frappé par son observation sur l’intérêt de publier « tout de suite après la constitution de notre Union Française, une espèce de manifeste par lequel nous affirmerions notre existence », Bergson se demande si ce manifeste doit porter sur la paix. « Ne pensez-vous pas qu’une déclaration de ce genre pourrait souligner plus que de raison certaines réclamations (d’origine suspecte) en faveur d’une paix prématurée, et leur donner un retentissement qu’elles n’ont heureusement pas ? Ne risquerions-nous pas de faire supposer aux neutres (et peut-être aussi aux Allemands) qu’il y a chez nous des divergences sérieuses au sujet de la conclusion que doit avoir la guerre ? [...] il y a en ce moment une admiration profonde pour la France, pour l’attitude de nos populations aussi bien que pour l’héroïsme de nos soldats ! On nous croit unanimes à vouloir la lutte jusqu’au bout »... Néanmoins, le manifeste lui paraît nécessaire. « Il suffirait, ce me semble, d’en élargir l’objet, et de le faire porter sur le but poursuivi par notre association. [...] Ce manifeste, court et précis, produirait, j’en suis sûr, un très grand effet. Il répondrait à une attente du pays, à un besoin et à un désir à peu près universels »...
L.A.S. « H. Berlioz », Paris 28 septembre 1826, à sa sœur Nanci Berlioz à La Côte Saint-André ; 3 pages in-4, adresse (petite déchirure par bris de cachet).
Très belle lettre familiale où il s’explique sur sa situation financière, sociale et familiale, à Paris, au tout début de sa carrière. Il ne comprend pas le ton injustement sévère de la dernière lettre de Nanci, d’autant plus qu’Alphonse a reçu de leur père une réponse « pleine d’expression de tendresse et de bonté. Il n’y a pas l’ombre de cet accent d’indignation qui régnoit dans la tienne, et qui étoit absolument sans sujet ». Elle lui « fait un crime » du fait qu’il ne vienne pas en vacances, alors qu’il lui a maintes fois expliqué les raisons qui l’en empêchaient : « Ces raisons à la vérité ne sont rien pour toi, elles ne se rapportent qu’à des considérations qui devroient être selon toi, les dernières auxquelles je devrais avoir égard. Selon moi, au contraire, elles sont du plus grand poids ; tu regardes ce qui m’intéresse si fort, comme rien, moi je le regarde comme quelque chose ». Leurs opinions là-dessus s’opposent donc diamétralement, et il ne cherchera pas à la faire changer d’avis, refusant d’entrer dans d’interminables discussions et de « recommencer une polémique qui dure depuis quatre ou cinq ans » (certainement sur son choix de se consacrer à sa vocation musicale)… « Tu me dis que papa est bien décidé à ne plus rien m’envoyer », alors qu’il lui a écrit le contraire il y a quelques mois, lui proposant 600 F par an et de lui payer son voyage de retour s’il souhaitait revenir. « Aurait-il pu changer d’avis en ne me voyant pas revenir ? … non ; car alors c’eut été me dire “Si tu veux continuer à Paris l’année prochaine la carrière que tu as commencée, il faut que tu consentes à exposer sinon a perdre le fruit du travail de l’année passée.” C’eut été en agir avec moi comme avec un enfant, qui bâtit un château de cartes qu’on renverse pour le lui faire reconstruire ». Or dans sa lettre à Alphonse, il n’en est rien, et il dit qu’il lui donnera comme promis 50 F par mois. Nanci va même plus loin en disant que son père refusera de régler les dépenses du voyage, s’il consent à s’en aller, et qu’il craint qu’Hector ne fasse des dettes, qu’il refusera de payer ; où va-t-elle chercher de telles inconséquences ? Cela est totalement illogique : « quelque vertige t’avoit troublé l’esprit »… Quant aux dettes, « je n’en ai fait absolument aucune, pas la moindre. Je me suis tiré d’affaire comme je l’avais dit dans ma dernière lettre ; depuis que maman a eu la bonté de m’envoyer 100 francs, je me suis un peu meublé en batterie de cuisine, ce qui ne coûte pas cher à Paris, et je vis chez moi pour moins de 20 F par jour presque aussi bien qu’au restaurant ». Il n’a aucun doute sur les bonnes intentions de son père, qu’il prie de verser sa pension à terme fixe, « comme la plupart des jeunes gens que je connais », le 1er de chaque mois par exemple. Qu’elle ne s’inquiète pas : « je suis parfaitement sûr d’un certain nombre d’élèves d’harmonie à la rentrée, et mon pécule en sera sensiblement augmenté ». Il la quitte en lui demandant de ne pas lui en vouloir de lui parler si franchement : « je ne t’en aime pas moins et suis toujours en t’embrassant ton frère et ton ami ».
Correspondance générale, t. I, n° 66.