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020 Simone de BEAUVOIR (1908-1986) écrivain.

Manuscrit autographe, Les Otages, [1963] ; 12 pages et quart in-4 sur papier quadrillé (certaines entièrement biffées, ratures et corrections).
Manuscrit de travail très corrigé d’un article publié dans Le Monde du 25 juin 1963, en soutien à Noël Favrelière dit Nordine [(1934-2017), officier condamné deux fois à mort par contumace pour avoir déserté et rejoint les rangs de l’Armée de Libération Nationale d’Algérie ; son récit autobiographique Le Désert à l’aube (Édition de Minuit, 1960) avait été interdit par la censure ; rentré quelques jours clandestinement en France en janvier 1963, il put tenir, grâce à Sartre et Beauvoir, une conférence de presse sur les Français non amnistiés pour leur aide au F.L.N. avant de repartir pour l’Algérie, et exposer ses peintures ; il sera amnistié par De Gaulle en 1966]. « En 1944, à la Rochelle, un petit garçon de dix ans s’échappe par un soupirail de la cave où son père l’a prudemment enfermé, il court pour rejoindre un groupe de maquisards, et se battre contre les Allemands. En 1956, dans le train qui l’emmène vers la guerre, le rappelé Noël Favrelière se dit amèrement en évoquant ce souvenir : cette fois, tu seras le Boche et tu te battras contre des résistants. […] Dès son arrivée, il est témoin d’actes affreux : un de ses camarades abat, pour le plaisir, une fillette musulmane »… Un jour où il se voit confier la garde de deux combattants du F.L.N., « l’un d’eux est précipité du haut d’un hélicoptère ; l’autre, le capitaine annonce qu’il est bon pour la corvée de bois ». Afin de soustraire le jeune rebelle à une exécution sommaire, Favrelière le libère et déserte avec lui. « C’est une désertion avec emprunt d’armes et le 19 mai 1958 il est condamné à mort par contumace. […] Ainsi il n’y avait pour les soldats d’Algérie qu’une alternative : consentir au moins à titre de complice aux massacres, aux exécutions sommaires, aux tortures, ou bien enfreindre les lois par la désertion ou l’insoumission. La cruauté de ce dilemme explique qu’on ait absous aveuglément ceux qui ont suivi la première voie ; mais il est révoltant de traiter avec moins d’indulgence ceux qui ont choisi l’autre chemin. […] L’illégalité serait-elle un crime plus impardonnable que les crimes mêmes ? Aux yeux de la justice française, il semble que oui. […] Cette rigueur surprend d’autant plus qu’en juin 40 le chef actuel du gouvernement français a hautement encouragé ses compatriotes à la désobéissance ». Simone de Beauvoir évoque l’appel du 18 juin de De Gaulle. « La poignée d’hommes et de femmes qui ont lutté avec lui pour être fidèles eux aussi à une certaine idée de la France sont maintenus en prison ou en exil, coupés de tous, abandonnés […]. C’est scandaleux, et ce serait absurde si les raisons de cette inhumaine sévérité n’apparaissaient trop clairement. Déserteurs, insoumis, membres de réseaux : ces hommes et ces femmes sont des otages. Quand le gouvernement jugera opportun de libérer les membres de l’O.A.S. incarcérés, il se targuera d’impartialité en usant de la même clémence à l’égard de l’autre cause. […] Il serait monstrueux de mettre en parallèle Noël Favrelière qui refusa de laisser assassiner un prisonnier et le tueur qui abattit dans leur lit une douzaine de malades musulmans avant de faire sauter la clinique. Il serait monstrueux de mettre en parallèle les hommes qui ont travaillé à construire l’amitié franco-algérienne et ceux qui ont commis les pires atrocités dans l’espoir de déchaîner dans les deux communautés des hécatombes qui rendraient toute considération impossible. » La suite a été biffée, et est restée inédite.
2 000 €
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